"La forme la plus fréquente du glaucome est plus présente chez les noirs"

Coordinatrice de la récente campagne de dépistage du glaucome au Cameroun, la cheffe du service d’ophtalmologie de l’hôpital Laquintinie de Douala, Dre Jeanne Mayouego-Enyama, nous en dit plus sur cette maladie des yeux.

Arnaud Ntchapda
Rédigé le , mis à jour le
Le glaucome provoque une réduction du champ visuel
Le glaucome provoque une réduction du champ visuel  —  IAPB

Il y a quelques jours, l'hôpital Laquintinie de Douala (HLD) organisait une campagne de dépistage du glaucome. Cette maladie sournoise peut évoluer pendant de longues années sans aucun symptôme. Elle provoque une réduction du champ visuel et dans les cas les plus graves, la cécité. Pourtant, une consultation de quelques minutes suffit à dépister cette pathologie. Pour en savoir plus sur cette maladie des yeux qui concerne 5% des Camerounais, on a échangé avec la Dre Jeanne Mayouego-Enyama, cheffe du service d'ophtalmologie de l'hôpital Laquintinie de Douala. Entretien. 

AlloDocteurs Africa : Quand faut-il se faire dépister ? 

Dre Jeanne Mayouego-Enyama : Lorsque les symptômes du glaucome apparaissent, il est déjà trop tard pour que les traitements de cette maladie soient efficaces. C'est pour ça qu'il est important de se faire dépister régulièrement. 

A.D.A : Quels sont les facteurs qui peuvent favoriser l’apparition du glaucome ?

Dre J.M-E :  La cause du glaucome n’est pas connue, mais il y a plusieurs facteurs de risque. On peut notamment citer l'hérédité, l'âge, la prédisposition génétique, les traumatismes du globe oculaire, la prise prolongée de corticoïdes, l'hypertension et le diabète. 

A.D.A : Le glaucome est fréquent en Afrique ?

Dre J.M-E : Il n'y a pas de données précises. Mais le glaucome à angle ouvert, le plus fréquent dans le monde, est plus présent chez les noirs. Il y a trois à quatre fois plus de glaucome chez les Africains que chez les Européens. Cela s'explique par la prédisposition génétique des noirs qui ont, naturellement, une tension oculaire un peu plus élevée. 

"Il n'y a pas si longtemps, les ophtalmologistes n’étaient pas formés au Cameroun"

A.D.A : Et au Cameroun ?  

Dre J.M-E : 5 Camerounais sur 100 souffrent d'un glaucome, et plus de 40% des personnes atteintes présentent une cécité d’un ou des deux yeux. Aujourd'hui, la moitié des personnes atteintes de glaucome ne savent pas qu’elles souffrent de la maladie, donc ne bénéficient pas de traitement. 

Lire aussi : Comment le glaucome vole la vue aux Africains 

A.D.A : Comment le Cameroun peut lutter contre le glaucome ?

Dre J.M-E : Le Cameroun a mis sur pied le Programme national de lutte contre la cécité. C’est un groupe d’experts qui réfléchissent particulièrement à la stratégie pour lutter contre la cécité en général. Et comme le glaucome est la première cause de cécité, ces experts développent également différentes stratégies pour lutter contre cette maladie. Il est aujourd'hui question de former plus de professionnels de la santé oculaire, alors qu'il n'y a pas si longtemps, les ophtalmologistes n’étaient pas formés au Cameroun.