En Afrique, la promotion des substituts du lait maternel menace la santé des enfants

Selon l’OMS et l’Unicef, l'allaitement à la demande, sans complément d’eau ni d’autres aliments, permettrait de baisser la mortalité néonatale et infantile. Mais en Afrique, il reste encore beaucoup à faire.

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Rédigé le , mis à jour le
Une Ougandaise allaite son bébé
Une Ougandaise allaite son bébé  —  UNICEF/Zahara Abdu

820.000. C'est le nombre d'enfants qui pourraient être sauvés chaque année dans le monde, grâce à un allaitement exclusif jusqu'à l'âge de six mois, selon l’Unicef. Mais que ce soit au Maroc, au Mali, en Côte d'Ivoire, en Algérie ou au Niger, rares sont les nourrissons qui sont nourris uniquement au lait maternel. Pourtant, cet élixir a beaucoup de bienfaits pour la santé de bébé. 

Dans de nombreux pays africains, les mamans introduisent très tôt des substituts de lait maternel. Une mauvaise pratique qui est à l'origine de nombreuses maladies, comme les infections respiratoires ou les diarrhées, et augmentent le risque de décès des nourrissons. Selon l'Unicef, les bébés qui ne reçoivent jamais de lait maternel ont une probabilité quatorze fois plus élevée de mourir que ceux nourris exclusivement au sein. Rien que ça. 

Des stratégies de marketing féroces

D’après les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), la généralisation d’un allaitement maternel exclusif durant les six premiers mois de vie d’un bébé permettrait de limiter la mortalité néonatale et infantile. Un récent rapport des deux agences révèle aussi les techniques de marketing auxquelles l’industrie de l'alimentation pour nourrissons a recours ne cessent de se développer. Aujourd'hui, elles ne se limitent pas aux différents types de médias et de réseaux sociaux.

Plus d’un tiers des femmes interrogées ont en effet déclaré que les substituts du lait maternel leur avaient été recommandés par un professionnel de santé. En clair, l’industrie de l’alimentation pour nourrissons n'hésite pas à approcher le secteur de la santé pour satisfaire ses intérêts commerciaux. Toujours selon ce rapport, les taux d’allaitement ont très peu augmenté ces 20 dernières années, alors que les ventes de substituts du lait maternel ont plus que doublé pendant approximativement la même période. 

Des messages trompeurs

Le marketing agressif des substituts du lait maternel est particulièrement inquiétant en Afrique, où le taux d’allaitement exclusif des enfants recule dans certains pays. Le dernier rapport de l'OMS et l'Unicef - qui s'appuie sur des entretiens avec des parents, des femmes enceintes et des agents de santé dans huit pays divers (dont notamment le Maroc, le Nigéria et l'Afrique du Sud) - révèle aussi comment un flux continuel de messages trompeurs diffusés à des fins de marketing renforce les mythes autour de l’allaitement au sein et du lait maternel et fait douter les femmes de leur capacité d’allaiter. 

Ces mythes sont notamment que les substituts du lait maternel sont une nécessité dans les premiers jours qui suivent la naissance, que le lait maternel n’est pas adapté aux besoins nutritionnels des nourrissons, qu’il est prouvé que certains ingrédients particuliers des préparations pour nourrissons améliorent le développement ou l’immunité de l’enfant, que les préparations lactées gardent les nourrissons rassasiés plus longtemps et que la qualité du lait maternel diminue avec le temps.