Vers une loi sur la médecine traditionnelle au Sénégal

Face aux multiples personnes qui disent détenir des pouvoirs de guérisseur à travers les plantes, le Sénégal s’apprête à adopter une loi sur l’exercice de la médecine traditionnelle.

Barou Dembélé
Rédigé le , mis à jour le
Une technicienne en pharmacie montre les médicaments traditionnels disponibles dans le dispensaire d'une clinique qui propose des soins médicaux conventionnels et traditionnels.
Une technicienne en pharmacie montre les médicaments traditionnels disponibles dans le dispensaire d'une clinique qui propose des soins médicaux conventionnels et traditionnels.  —  OMS/Ernest Ankomah

Le Sénégal est connu pour ses mille et un guérisseurs. A côté des patients qui fréquentent les hôpitaux et autres établissements sanitaires modernes, d’autres personnes préfèrent se rendre chez les spécialistes des plantes pour guérir leur maladie. 

L’Afrique a une longue histoire de médecine traditionnelle et de tradipraticiens de santé qui jouent un rôle important dans les soins aux populations. Selon lʼOrganisation mondiale de la santé, jusqu'à 70% de la population africaine a recours à la pharmacopée traditionnelle. L'agence onusienne estime d'ailleurs que les médecines traditionnelles, complémentaires et alternatives présentent de nombreux avantages. 

89 médicaments issus de la médecine traditionnelle

A ce jour, le continent dispose d’une pharmacopée avérée, avec plus de 89 médicaments issus de la médecine traditionnelle. Mais même lorsque des traitements sont issus de la pratique traditionnelle et de la nature, il est primordial d’établir leur efficacité et leur innocuité grâce à des essais cliniques rigoureux. C'est pour ça qu'il est nécessaire de réglementer la pratique de cette médecine, et le Sénégal l'a bien compris. 

"Le cadre réglementaire est un grand défi à l’exercice de la médecine traditionnelle au Sénégal. Toutes les diligences sont menées et le projet de loi est à l’Assemblée nationale et son adoption ne va plus tarder", a déclaré Alphonse Ousmane Thiaw, directeur de cabinet du ministère de la Santé et de l’Action sociale. Il explique que la loi sur l’exercice de la médecine traditionnelle est attendue pour "catégoriser les tradipraticiens" et établir "des procédures d’autorisation de cabinets de tradipraticiens". Ces actions permettront, selon lui, "d’assainir" ce secteur. 

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Les tradipraticiens attendent la réglementation de leur métier

"Le document de politique nationale de médecine traditionnelle et de phytothérapie a défini les axes stratégiques qui seront bientôt mis en œuvre. Par ailleurs, les deux textes élaborés grâce au soutien du Bureau opérationnel de suivi du Plan Sénégal émergeant seront bientôt validés et mis en œuvre dans les meilleurs délais", explique Thiaw. Il s’agit, selon lui, "du projet d’arrêté portant création de la Commission de la pharmacopée et du formulaire national et du projet d’arrêté fixant les conditions d’octroi de l’autorisation de mise sur le marché des médicaments à base de plantes".  

Au Sénégal, la cellule médecine traditionnelle a vu le jour en 2014 au sein du ministère de la Santé. Gaoussou Sambou, le président de la Fédération des tradipraticiens du Sénégal, plaide pour que le secteur soit "appuyé et réglementé sur le plan juridique". "Depuis 2006, nous attendons cette loi. L’attente est longue. Cette loi peut permettre de réglementer et d’éviter les dérives dans notre métier". Plus que jamais. 

 Source : APS