Pr Aimé Bonny : “Il faut explorer les vertus de la médecine traditionnelle africaine“

Le cardiologue et universitaire camerounais est à l’origine de la création de la Plateforme pour une Médecine Multimodale Efficiente (P2ME), une structure qui soutient une médecine traditionnelle reposant sur des éléments scientifiques probants.

Arnaud Ntchapda
Rédigé le , mis à jour le
Au Cameroun, la médecine se rapproche de la pharmacopée traditionnelle (photo d'illustration)
Au Cameroun, la médecine se rapproche de la pharmacopée traditionnelle (photo d'illustration)  —  OMS

Nouvelle ère pour la médecine camerounaise. Une plateforme pour une Médecine Multimodale Efficiente (P2ME) a vu le jour en décembre dernier. Elle réunit les tradipraticiens et les médecins conventionnels, avec l'objectif de mieux connaître les vertus de la médecine africaine. Une bonne nouvelle, à l'heure où l'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnait que la médecine traditionnelle, complémentaire et alternative recèle de nombreux bienfaits. L’Afrique a d’ailleurs une longue histoire de médecine traditionnelle et de tradipraticiens de santé qui jouent un rôle important dans les soins aux populations. Pour en savoir plus, on a rencontré le Professeur Aimé Bony, cardiologue à l'origine de la création de cette plateforme. Entretien.

AlloDocteurs Africa : D'où vous est venue l'idée de créer une plateforme pour une Médecine Multimodale Efficiente (P2ME) ? 

Professeur Aimé Bonny : Tout part de l'incapacité de la médecine conventionnelle à trouver un traitement efficace contre le virus Sars-Cov-2, alors que beaucoup de médicaments traditionnels ont été jugés efficaces sans aucune preuve scientifique. Et comme le Covid-19 n'étant que le sommet de l'iceberg d'une médecine cloisonnée qui devrait être globalisante, la création de cette plateforme semblait logique.  Je n'ai pas connaissance d'une telle initiative ailleurs en Afrique, car peu de pays ont reconnu la médecine ancestrale africaine. 

 A.D.A : Comment la plateforme va-t-elle fonctionner ? 

Pr A.B : Un comité scientifique composé d'experts issus des deux types de médecine va proposer des protocoles de recherche dans divers domaines de traitements. Des études comparées entre les deux médecines seront proposées, dans le but de jauger l'efficacité des médicaments traditionnels africains et de hiérarchiser l'intérêt des différents protocoles thérapeutiques.

A.D.A : Mais concrètement, est-ce que la médecine traditionnelle sera plus efficace ? 

Pr A.B. : Oui, la médecine traditionnelle devrait s'améliorer au contact de la médecine conventionnelle, et vice-versa. La P2ME devrait permettre de maîtriser les interactions entre les traitements, réduire le retard de prise en charge des complications, limiter le coût de la prise en charge et identifier les maladies orphelines d'un protocole thérapeutique alors qu'elles seraient traitables. 

A.D.A : Lors du lancement de la P2ME, vous avez expliqué que la médecine conventionnelle a "des limites certaines". Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Pr A.B :  Plusieurs maladies ne disposent toujours pas soit d'un traitement efficace (l'arthrose par exemple). Ces maladies, qu'on n'arrive toujours pas à soigner, bénéficient aujourd'hui d'essais cliniques thérapeutiques. Mais on sait que la médecine conventionnelle ne résout pas tout, d'où l'intérêt d'explorer les vertus des médecines dites alternatives, dont la médecine traditionnelle africaine.