Du Niger au Malawi, toute l'Afrique est soulagée avec le vaccin contre le paludisme

La recommandation par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) du déploiement d'un vaccin contre le paludisme nourrit des espoirs en Afrique, continent le plus touché par cette maladie mortelle, en particulier pour les enfants.

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Le vaccin antipaludique est administré à un enfant de cinq mois à Mkaka au Malawi
Le vaccin antipaludique est administré à un enfant de cinq mois à Mkaka au Malawi  —  UN/Path

C'est l'une des plus meilleures nouvelles de l'année. La recommandation récente du premier vaccin contre le paludisme chez les enfants, le RTS,S, nourrit les espoirs de toute l'Afrique. Car cette nouvelle piqûre, fabriquée par le géant pharmaceutique britannique GSK, est la première à montrer une efficacité permettant de réduire significativement les cas, y compris les plus graves.

"Le +palu+ tue nos enfants et il n'épargne pas non plus les parents. Les enfants manquent l'école et les parents ne peuvent pas aller travailler dans les champs. Quand le vaccin arrivera, ce sera un grand soulagement", explique Fati, une jeune maman nigérienne dont le fils est hospitalisé à Niamey pour une crise de paludisme. 

Selon l'OMS, un enfant meurt de cette maladie toutes les deux minutes dans le monde. L'Afrique représente environ 90% des cas de cette maladie, qu'on appelle aussi malaria, et 260.000 enfants de moins de cinq ans y meurent chaque année. Depuis 2019, le Ghana, le Kenya et le Malawi ont commencé à introduire le vaccin dans certaines régions. "Je suis très enthousiaste! Ma fille de 11 mois a eu le vaccin et tout s'est bien passé. Je suis sûre que c'est un moyen de prolonger l'espérance de vie de nos générations futures. Nous voulons que le Ghana étende rapidement le programme dans tout le pays", se réjouit Hajia Aminu Bawa, dans la région de Gomoa, dans le sud du Ghana.

"Quand j'en ai entendu parler, je n'ai pas hésité une seconde! Certains ont essayé de me dissuader en disant que c'était un vaccin nouveau qui pourrait tuer mon bébé mais ils parlent sans savoir. Tout le monde devrait faire vacciner ses enfants contre le paludisme", plaide Prince Gyamfi, mère d'un petit garçon de six mois dans la même région.

Accélérer la lutte contre l'anophèle

Pour l'heure, les méthodes de prévention contre cette maladie transmise par la piqûre de l'anophèle femelle, moustique actif surtout la nuit, reposent essentiellement sur l'utilisation de moustiquaires et de traitements préventifs, pas toujours faciles d'accès pour les populations. 

Ce qui n'est pas suffisant selon le Dr Djermakoye Hadiza Jackou, coordonnatrice du Programme national de lutte contre le paludisme au Niger (PNLP). "Nous avons accueilli avec une très grande joie l'annonce de l'OMS. C'est quelque chose qui était vraiment attendu. Le vaccin va venir en complément des autres stratégies de prévention que nous avons déjà adoptées", estime t-elle. Même son de cloche en Côte d'Ivoire où les campagnes de démoustication se multiplient ces derniers jours. 

Un nouveau vaccin en approche

Au Burkina Faso voisin, un autre vaccin, développé par l'université britannique d'Oxford en collaboration avec l'Américain Novavax, a également montré une efficacité prometteuse, après un essai clinique en 2019.

Mais, selon le Dr Wilfried Sawadogo, médecin de Ouagadougou, le vaccin ne doit pas remplacer les autres modes de prévention, comme les moustiquaires imprégnées ou l'administration préventive d'antipaludéens à action prolongée, pendant la saison des pluies. Une méthode vulgarisée dans ce pays aux 11 millions de cas annuels, depuis 2014. "Cette campagne permet de réduire de 25 à 30% le cas de décès lié au paludisme", explique t-il.  

Vers un déploiement compliqué ?

Mais les pays pourront-ils déployer ce vaccin à grande échelle et à quel coût pour les populations ? "Qui va financer? La communauté internationale est-elle prête? (...) Et est-ce que la quantité suffisante sera disponible?", s'interroge Serge Assi, médecin chercheur à l'institut Pierre Richet de Bouaké (centre de la Côte d'Ivoire) qui souligne qu'il a fallu "attendre des décennies" pour avoir ce vaccin.

"La République démocratique du Congo n'a pas de vaccins contre le paludisme disponibles sur son territoire", rappelle la directrice du Programme élargi de vaccination de ce pays, le Dr Elisabeth Mukamba. "Il revient désormais à l’Afrique de s'imprégner de cette technologie, de ces connaissances, pour produire des vaccins plutôt que de les importer. C'est un enjeu majeur", estime Christian Happi, directeur du Centre d’excellence africain de recherche génomique et des maladies infectieuses (Acegid) basé à Ede, dans le sud-ouest du Nigeria.

La lutte contre le paludisme passera également par un long travail sur les infrastructures car la saison des pluies et les inondations récurrentes qui l'accompagnent dans de nombreux pays entraînent généralement un bond des cas. "Si nous mourons de paludisme en Afrique, c'est parce que nous vivons dans l'insalubrité totale or, qui dit insalubrité, dit moustiques", pointe Ousmane Danbadji, spécialiste des questions d'assainissement au Niger.   

Source : AFP