Violences conjugales, le combat du Bénin

Selon une enquête nationale, 69% des Béninoises disent avoir subi au moins une fois dans leur vie des violences. Un fléau que le gouvernement tente d'endiguer à coups de loi.

Léonard Kabo
Rédigé le , mis à jour le
Le Bénin veut lutter contre les violences basées sur le genre
Le Bénin veut lutter contre les violences basées sur le genre  —  Pierre-William Henry

Harcèlement, injures, mariage forcé, viols sont autant de violences subies par les femmes béninoises. "Au Bénin, les cas de violences conjugales ont connu une recrudescence dans nos foyers malgré les efforts des acteurs à divers niveaux pour éradiquer le fléau", confie Enongandé Hélèna Capo-chichi, socio-anthropologue et activiste du mouvement de Protection et défense des droits des enfants et des femmes. 

A en croire la socio-anthropologue, cette recrudescence des violences faites aux femmes trouve son origine dans une éducation passée des hommes, pas encore habitués à voir des femmes instruites et émancipées. Enongandé Hélèna Capo-chichi voit aussi une autre raison plus liée à l'actualité. Les mesures restrictives liées à la crise du Covid ont participé à augmenter ces violences. "Ces mesures sont sources de stress, de baisse de revenus économiques, de difficultés de subsistance et de fortes tensions dans les foyers. Ce qui expose les couples à des conflits permanents", explique t-elle. 

Deux nouvelles lois pour mieux protéger les béninoises

Votées mercredi 20 octobre, les deux lois marquent la volonté de changement du gouvernement. Tout d'abord, la loi N°2021-11, portant mesures spéciales de répression des infractions commises à raison du sexe et de protection de la femme en République du Bénin. Autrement dit, la loi désigne comme délit le viol, le harcèlement sexuel, les violences conjugales et autres infractions commises à raison du genre.

" Le viol sera puni de la réclusion criminelle avec des peines allant dix à vingt ans. Une amende de un à cinq millions FCFA est prévue lorsque le viol aura été commis soit sur une personne particulièrement vulnérable (...) soit sur une personne se trouvant dans un lien de subordination professionnelle ”. 

L'autre mesure modifie la loi N°2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction rendant ainsi possible l'accès à l'avortement.

Les organisations non gouvernementales comme Médecins du Monde militent pour des actions de prévention, de prise en charge et surtout d’accompagnement des victimes. Aux côtés des victimes, l’Institut national de la femme, créé en juillet 2021, peut se porter partie civile.

Changer les mentalités

Les violences restent et demeurent les ennemis d'une société épanouie. La promotion de la masculinité positive et le changement des normes socio-culturelles discriminatoires entre hommes et femmes sont des défis à relever pour changer la donne. Pour cela, "la participation du gouvernement, des autorités locales, des partenaires techniques et financiers et surtout des chefs traditionnels est nécessaire", alerte l'activiste Enongandé Héléna Capo-chichi.