Le noma, cette maladie buccale qui détruit des visages et des vies

Maladie foudroyante qui s’attaque à la bouche et au visage, le noma concerne chaque année des dizaines de milliers d'enfants africains.

Badr Kidiss
Badr Kidiss
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Umar, un patient de 8 ans et Adamu,15 ans, se tiennent à l'entrée du service post-opératoire de l'hôpital Sokoto Noma, au Nigéria
Umar, un patient de 8 ans et Adamu,15 ans, se tiennent à l'entrée du service post-opératoire de l'hôpital Sokoto Noma, au Nigéria  —  Claire Jeantet - Fabrice Caterini/INEDIZ

Elle est négligée et très peu connue. Elle touche principalement les enfants de moins de cinq ans. Elle commence par une inflammation de la gencive puis gagne les mâchoires, les joues, le nez ou les yeux, laissant les survivants aux prises avec une grande douleur et des difficultés à s’alimenter ou à respirer. Elle, c'est le noma, une maladie gangreneuse qui attaque les tissus et les os du visage. 

Chaque année, plus de 140.000 enfants sont touchés par cette maladie qui dévore le visage. Sans traitement, le noma tue en deux semaines environ 90 % de ses victimes. Pourtant, un traitement simple et précoce suffit contre ce mal qui sévit dans de nombreux pays africains, du Sénégal à Madagascar en passant par le Mali, le Cameroun ou encore le Nigéria. Mais bien que cette maladie puisse être traitée simplement et efficacement avec des antibiotiques, elle est très souvent non-diagnostiquée et les enfants meurent.

A ce jour, on ne connaît pas la cause exacte, mais il y a des facteurs de risque : mauvaise hygiène bucco-dentaire, malnutrition, rougeole, paludisme, déficit immunitaire. L’absence d’accès aux soins de santé est également un facteur de risque, qui joue directement sur les possibilités de détecter la maladie à temps.

Des séquelles douloureuses pour les survivants

Le noma laisse ses survivants aux prises avec une grande douleur et des difficultés à s’alimenter, parler, voir ou respirer. Complètement défigurés, les anciens malades du noma doivent affronter la stigmatisation dès leur plus jeune âge. 

Pour reconstruire leur vie et retrouver leur dignité, les survivants de cette maladie gangreneuse doivent subir une opération de chirurgie complexe. Des missions humanitaires sont d'ailleurs organisées régulièrement au Burkina Faso, au Cameroun et au Mali pour des chirurgies gratuites. Mais aujourd'hui encore, un peu partout en Afrique, la lutte contre le noma souffre d’un manque de connaissance des communautés sur les causes et les symptômes de la maladie, qui freine sa prévention et sa détection.

Pourtant, cette maladie qui ronge le visage des enfants peut être évité par des interventions de santé publique de base telles que l'amélioration de la nutrition et de l'hygiène bucco-dentaire, le contrôle des comorbidités comme la rougeole, le paludisme et le VIH, et l'amélioration de l'accès à la vaccination de routine. D'où l'intérêt de multiplier les campagnes de sensibilisation et de dépistage précoce dans les quatre coins de l'Afrique subsaharienne.