Illustration d'un vaccin contre le coronavirus
Illustration d'un vaccin contre le coronavirus

L'Afrique du Sud veut produire son vaccin à ARN messager

Face aux inégalités d'accès au vaccin, l'Afrique du Sud décide de prendre la main. Un vaccin à ARN messager africain pourrait bientôt voir le jour.

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Rédigé le , mis à jour le

L'Afrique du Sud s’attaque à l’ARN messager. Le pays, qui milite pour un accès équitable aux vaccins anti-Covid, s'est lancé dans la conception du premier vaccin africain à ARN messager (ARNm). Objectif : mettre fin à la dépendance du continent vis-à-vis des pays riches. 

La technologie innovante de l'ARNm consiste à injecter dans l'organisme des brins d'instructions génétiques qui dictent aux cellules du patient ce qu'il faut fabriquer pour lutter contre la maladie. Le procédé est utilisé par les laboratoires américains Moderna et Pfizer-BioNTech pour leurs vaccins anti-Covid. 

Soutenue par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'entreprise sud-africaine de biotechnologie Afrigen, basée au Cap, mène un projet pilote qui fera appel à "l'ingénierie inverse" (qui consiste à rechercher les principes de conception d'un produit) pour reconstituer une formule proche du vaccin à ARNm de Moderna.

Atteindre l’autosuffisance vaccinale

A ce jour, à peine 5% des Africains éligibles sont entièrement vaccinés. Largement à la traîne par rapport au reste du monde, l'Afrique est fortement dépendante des importations et des dons de doses par les pays riches. 

"L'amère leçon que nous avons tirée de cette pandémie est que l'Afrique est presque entièrement dépendante", des vaccins produits en dehors du continent, a déclaré Richard Mihigo, coordinateur chargé des vaccins à l'OMS Afrique.

Adapter le vaccin

Le projet Afrigen vise à mettre fin à cette dépendance en développant localement un vaccin innovant, adapté aux conditions notamment climatiques en Afrique. "Ce que nous recherchons, c'est un vaccin de deuxième génération", explique Martin Friede, coordinateur chargé des vaccins pour l'OMS à Genève. 

"Nous devons commencer par un sosie de Moderna et nous en rapprocher le plus possible", poursuit-il. Mais l'idée est de mettre au point un vaccin "plus adapté aux pays à faible revenu". Ainsi, alors que les vaccins à ARNm existants doivent être stockés à basse température, la formule d'Afrigen ne nécessitera idéalement que peu ou pas de réfrigération.

Négocier les brevets

Les premières doses devraient être prêtes pour des essais cliniques d'ici un an, selon le directeur d'Afrigen, Petro Terreblanche. Des négociations sont en cours pour obtenir un contrat de licence avec le géant pharmaceutique américain pour la production. 

Créée par l'Unitaid - organisation internationale d'achats de médicaments pour les pays pauvres - la Medicines Patent Pool (MPP), qui négocie des licences de traitements avec les titulaires de brevets, mène les pourparlers avec Moderna. 

Avec un peu de chance, "nous pourrions obtenir un accord pour qu'ils ne fassent pas valoir leurs brevets", a déclaré le mois dernier Charles Gore, directeur de la MPP. Une fois la formule mise au point, Afrigen prévoit de former d'autres pays africains à la fabrication du vaccin.

Bientôt une usine Moderna sur le continent ?

Mais les géants de l'industrie pharmaceutique ont jusqu'ici résisté aux pressions pour lever les brevets sur les vaccins anti-Covid. L'Afrique du Sud et l'Inde en tête ont milité pour une levée temporaire permettant aux pays en manque de doses de produire localement des génériques moins chers.

La semaine dernière, Moderna a annoncé son intention de construire une usine d'ARNm ultramoderne en Afrique, qui produira jusqu'à 500 millions de doses de vaccins par an. Pour l'instant, ni date ni lieu n'ont été précisés. 

Source : AFP