L'obligation vaccinale gagne du terrain en Afrique centrale  (photo d'illustration)
L'obligation vaccinale gagne du terrain en Afrique centrale (photo d'illustration)

La vaccination anti Covid-19 devient obligatoire en Afrique centrale

Que ce soit au Cameroun, au Tchad, au Gabon ou au Congo, le pass sanitaire s'impose de plus en plus. De quoi limiter les contaminations au Covid-19 ?

Arnaud Ntchapda
Rédigé le , mis à jour le

L'obligation vaccinale et le pass sanitaire s'installent sur le continent. Dans certains pays d’Afrique centrale, la vaccination contre le Covid-19 ou la présentation d'un pass sanitaire deviennent obligatoires pour certaines catégories socio-professionnelles. Mais en l'absence d'un cadre législatif, ces obligations vaccinales fleurissent un peu partout, au grand dam de la population.

Les administrations imposent le vaccin anti-Covid

Au Cameroun, on a entendu parler pour la première fois de vaccination obligatoire fin septembre. La direction de la Société de Presse et d’Editions du Cameroun (SOPECAM) a publié une note d’information indiquant que "dès le lundi 4 Octobre 2021, l’accès à l’entreprise sera subordonné à la présentation d’un test Covid-19 de moins de 5 jours, ou d’un carnet de vaccination contre le Covid-19"

Au Gabon voisin, la vaccination est devenue obligatoire pour les administrations publiques. Les gouverneurs des provinces doivent s’assurer que leurs collaborateurs, (préfets, sous-préfets, secrétaires généraux de provinces, de préfectures et chefs de bureau) se fassent vacciner. Le 30 septembre dernier, le ministre de l’Intérieur, Lambert-Noël Matha, leur demandait de voir dans quelles mesures cette obligation pourrait être étendue à tous les agents de l’Etat gabonais. Le site Internet gabonreview.com en conclut que "le Gabon se met insidieusement à la vaccination obligatoire". Une décision qui n'est pas au goût de tout le monde, alors que les fake news sur les vaccins continuent de gagner du terrain. 

Quant au Tchad, il oblige les fonctionnaires du Parlement à se vacciner. Dans une note de service, les responsables de l’Assemblée Nationale demandent à tous les fonctionnaires vaccinés de revenir travailler. Ceux qui ne le sont pas ont un mois pour le faire, s'ils souhaitent retrouver leur poste de travail. "Passé ce délai, les fonctionnaires parlementaires seront considérés comme démissionnaires de leur service", précise la note.      

Vaccination obligatoire pour tous

En République du Congo, l'obligation vaccinale prend des proportions encore plus impressionnantes : c'est l’ensemble de la population qui est concernée. Dès le 1er novembre, il faudra présenter un certificat de vaccination pour avoir accès aux transports en commun, préfectures, banques, régies financières, postes et caisses de retraites. 

Une façon d’obliger les populations à se faire vacciner, alors que la RDC, avec à un peu plus de 36.000 personnes ayant reçu les deux doses nécessaires à une immunité complète contre le Covid-19, compte moins de 1% de personnes vaccinées. 

Une volte-face imposée par la progression du Covid-19

Les autorités sanitaires de ces pays avaient pourtant toujours déclaré que la vaccination anti-Covid ne serait pas obligatoire. Le Gabon avait même mis en avant le principe du "consentement éclairé", qui laissait à chaque citoyen le droit de choisir de se faire vacciner ou non. 

Au Tchad, "la vaccination n'est pas obligatoire, elle est volontaire", avait martelé le ministre de la Santé publique et de la Solidarité nationale, Abdoulaye Sabre Fadoul. Il appelait cependant ses concitoyens à privilégier le vaccin, considéré comme le moyen le plus sûr de rompre la chaîne de contamination au coronavirus (Covid-19). Mais la résurgence des contaminations, notamment avec la progression du variant Delta, et le souci d’atteindre les objectifs fixés par l'OMS (10% de la population vaccinée en septembre), ont amené certains Etats à changer de fusil d'épaule. 

Une obligation vaccinale contestée

Mais la décision de vacciner des gens contre leur gré suscite une vague de désapprobation. Au Cameroun, la Fondation Camerounaise des Consommateurs a réagi à la note de la directrice générale de la SOPECAM en  lui demandant de “rapporter sans délai“ cette vaccination, tout en assurant que "les seules mesures barrières obligatoires à adopter dans les lieux et édifices publics pour freiner la propagation du coronavirus sont celles édictées par le gouvernement camerounais à savoir le port du masque, le lavage des mains et la distanciation sociale“. 

Le Gabonais Geoffroy Foumboula Libeka, membre actif de la société civile engagé dans la lutte contre la corruption et la gabegie, adresse 10 questions au gouvernement de son pays. Il dénonce un "copier-coller" des erreurs de la France. Il rappelle que “l’article 1er de la loi fondamentale du Gabon dispose, en son alinéa 2, que “la liberté de conscience, de penser, d’opinion, d’expression, de communication, la libre pratique de la religion sont garantis à tous sous réserve du respect de l’ordre public“

Au Congo-Brazzaville, l’idée de la vaccination obligatoire faisait déjà son chemin au mois d’Août. Interrogé à l’époque par la chaîne de télévision TV5Monde, Bertrand Menier, le coordonnateur du mouvement de la société civile congolaise “Ras-le-bol“, estimait qu'une telle mesure viole les libertés fondamentales. On ne peut pas imposer à quelqu’un d’inoculer une substance dont il ne connaît pas les tenants et les aboutissants. Au Congo, aucune loi n’impose la vaccination, mais les notes qui sont prises ont tendance à avoir la connotation d’obligation et cela dénote de la dictature“ . 

 Sources : Tchadinfos.com, gabonreview.com, OMS, RFI, TV5Monde