Coronavirus : pourquoi les Africains sont si réticents au vaccin

La méfiance vis-à-vis du vaccin contre le coronavirus gagne du terrain, à l'heure où la plupart des pays du continent attendent toujours leurs précieuses doses anti-Covid.

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La Tunisie multiplie ses efforts pour avoir rapidement un vaccin contre le coronavirus (Illustration)
La Tunisie multiplie ses efforts pour avoir rapidement un vaccin contre le coronavirus (Illustration)

Changement de donne. En Afrique, où certaines maladies sévissent toujours, les vaccins sont généralement bien accueillis. Mais la piqûre salvatrice contre le coronavirus nourrit la méfiance des populations du continent. "On est à un haut niveau de scepticisme", assure Ayoade Alakija, qui dirige en Afrique la stratégie de Convince, une initiative pour l'acceptation de la vaccination anti-Covid.

Parmi les facteurs, elle cite l'impopularité des gouvernements et la désinformation. Une théorie, qui a trouvé une large audience, veut par exemple que les vaccins aient été conçus pour stopper la croissance démographique africaine. Mais parfois, ce sont les gouvernements qui peuvent s'opposer à la vaccination, comme c'est le cas à Madagascar ou en Tanzanie. 

Des vaccins qui se font attendre

Alors que les campagnes massives de vaccination contre le Covid-19 ont déjà commencé dans certains pays africains (Seychelles, Maroc, Algérie, Egypte, Guinée, Afrique du Sud et l'île Maurice), la plupart des pays du continent en sont encore à prendre les dispositions pour commencer à vacciner. Ces derniers misent essentiellement sur les mécanismes Covax et Avatt pour immuniser leur population. 

Si l'Union Africaine s'est assurée 670 millions de doses à travers son initiative Avatt (African Vaccine Acquisition Task Team), ces vaccins sont toujours attendus. Seul le mécanisme Covax de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de partenaires privés a annoncé une livraison imminente de plusieurs millions de vaccins à tous les pays du continent. Selon les estimations, l'Afrique aura besoin d’1,5 milliard de vaccins pour immuniser 60 % de son 1,3 milliard d’habitants, pour un coût qui oscille entre 5,8 et 8,2 milliards d’euros.

Une urgence sanitaire remise en cause

Si la vaccination devrait s'ouvrir à des millions d'Africains, la pandémie ne fait pas peur à tout le monde. Bien que certaines zones du continent soient confrontées à une nouvelle vague de coronavirus plus meurtrière, celle-ci est incomparable avec celle essuyée en Europe ou aux Etats-Unis. De quoi réduire le sens de l'urgence sanitaire pour certains. 

Moise Shitu, 28 ans, chauffeur de camion à Lagos, la capitale nigériane, rejette l'idée de se faire vacciner : "C'est une escroquerie de la part de notre gouvernement". Avant de rajouter qu'"ils disent qu'il y a un coronavirus au Nigeria pour se faire de l'argent". Même refus à Kano, ville du nord du Nigeria, de la part de Zainab Abdullahi, 41 ans : "On entend des gens qui se sont fait vacciner dans les pays occidentaux et qui parlent de graves effets secondaires, mais ils veulent quand même nous vacciner". Mais le tableau n'est pas uniforme. Au Maroc, une enquête du Haut commissariat au plan (HCP) révèle que 2 marocains sur 3 (68,6%) se vaccineraient “certainement”, dès l'arrivée des doses au royaume. En Ethiopie, des serveurs interrogés dans un café d'Addis Abeba se disent impatients de se faire vacciner pour ne pas contracter le virus. 

Maladie de blancs ?

Mais dans l'ensemble, les résistances s'amplifient selon Mamadou Traoré, un conseiller en vaccination pour Médecins Sans Frontières. "Les gens se sont dit que ce n'était pas une maladie qui touche les noirs". Si très peu d'études fiables sont disponibles sur les attitudes vis-à-vis du vaccin en Afrique, les premières enquêtes préliminaires suggèrent que beaucoup de gens se méfient.

Les Centres africains de contrôle des maladies ont publié en décembre les résultats d'une enquête menée dans 18 pays et montrant que seul un quart des personnes interrogées pensait que les vaccins contre le Covid ne présentaient pas de danger. Pour autant, l'étude n'a pas identifié un front massif de réfractaires: 79% disaient qu'ils accepteraient un vaccin s'il était prouvé comme étant sûr.