Coronavirus et ramadan : la Guinée interdit les prières nocturnes

Alors que le mois de ramadan touche à sa fin, le gouvernement guinéen vient de prendre une décision impopulaire : il a interdit les prières nocturnes. Une décision motivée par la trop grande promiscuité dans les mosquées.

Mamadou Oury Diallo
Rédigé le , mis à jour le
Coronavirus oblige, le Ramadan sera vécu de manière particulière cette année (photo d'illustration)
Coronavirus oblige, le Ramadan sera vécu de manière particulière cette année (photo d'illustration)

C'est une décision difficile à accepter pour les musulmans de Guinée. En accord avec l'Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS), le gouvernement guinéen a annoncé, à travers le secrétariat général aux affaires religieuses, l'interdiction de la prière des dix derniers jours du mois de ramadan. Cette interdiction devra s'appliquer immédiatement et dans toutes  les mosquées du pays.

La Guinée est actuellement sous couvre-feu de 23h à 4 h du matin, pour cause de Covid-19. Avec l'interdiction de la prière, le gouvernement espère limiter les potentiels risques de contamination entre fidèles. En effet, le respect des gestes barrières semble ne pas être au rendez-vous dans les mosquées. 

Une décision impopulaire

Cette décision, prise lundi soir alors même que les fidèles musulmans s'apprêtaient à entamer les prières nocturnes des 10 derniers jours de ramadan, à provoqué des remous à travers le pays, notamment en haute Guinée. À Kankan, la deuxième ville du pays, des fidèles qui voulaient passer outre l'interdiction ont été expulsés d'une mosquée, alors qu'ils s'apprêtaient à faire la prière nocturne. Une évacuation qui a suscité l'indignation, entraînant de nombreuses manifestations qui ont occasionné la destruction de commissariats de police à Kakan et à Siguiri, à la frontière malienne.

La situation s'envenimant, le secrétaire général de l'ANSS, le docteur Sakoba Keita a été contraint de se justifier dans les médias : "Dans les prières nocturnes, le temps de contact est plus long que lors des autres prières. Il y a beaucoup de gens qui se touchent, et le virus va plus circuler", explique-t-il. "L'autre motivation, c'est le fait que certains passent les 10 derniers jours à la mosquée. La promiscuité est là. Il suffit qu'un seul tombe malade dans la mosquée, pour que tout le monde soit contaminé" ajoute-t-il. Le médecin rappelle également que le nombre de contaminations au Covid-19 a augmenté depuis le début du ramadan. "On avait 1 à 2 morts par mois, maintenant on a 5 à 10 morts par semaine", révèle le responsable de l'ANSS. Une situation qui ne peut plus durer, si la Guinée veut espérer endiguer une troisième vague de la pandémie de coronavirus.