Le Dr Roger Etoa, médecin-chef du centre médical du Port Autonome de Douala
Le Dr Roger Etoa, médecin-chef du centre médical du Port Autonome de Douala

Au Cameroun, "le nombre de cas de Covid-19 déclarés est trois fois moins élevé que le nombre de cas réels"

Le Dr Roger Etoa est au coeur de la lutte contre le coronavirus au Cameroun. Il nous a accordé une interview, pour informer et avertir les populations sur la deuxième vague des contaminations qui vient de se déclencher dans le pays.

Arnaud Ntchapda
Rédigé le , mis à jour le

Le Dr Roger Etoa, médecin-chef du centre médical du Port Autonome de Douala, suit de très près l’évolution de la pandémie du Covid-19 au Cameroun. Il est parmi les premiers à avoir relevé, courant octobre, une remontée des contaminations après une baisse considérable : l’évolution de la deuxième vague du coronavirus le préoccupe tout particulièrement. 

Allodocteurs.Africa : Comment appréciez-vous la situation du Covid-19 au Cameroun en ce moment ?

Dr Roger Etoa : Elle est marquée par un regain du nombre des contaminations. C'est un second pic, ce qui correspond à la situation épidémiologique mondiale. Mais si on compare aux autres pays du monde, la situation au Cameroun est plutôt insignifiante. Cependant, après la fin de la première vague, il y a eu un relâchement psychologique et physique. Certains étaient confortés par les thèses complotistes qui expliquaient que le virus n’était rien du tout, qu’il était terminé. Il faut rester prudent !

ADA : 25.000 personnes environ ont été testées positives au Cameroun. Pensez-vous que les chiffres du dépistage reflètent  la réalité des contaminations dans le pays ?  

Dr R.E : C’est effectivement difficile à évaluer vu que nos capacités de test ne sont pas optimales. Le test validé au niveau international c’est le PCR. C’est une méthodologie qui nécessite un déploiement logistique lourd, c’est de la technologie lourde, ultra sophistiquée. Il faut un personnel entraîné, un circuit... Quand on voit des pays comme l’Allemagne, qui fait 500.000 tests par jour, alors que nous c'est entre 500 et 2.000, la différence est vite faite : le nombre de cas déclarés ne reflète pas forcément la réalité, c'est peut-être 3 fois moins que le nombre de cas réels.

ADA : Pour la suite, y a –t-il des raisons de craindre le pire ? Faut-il espérer une amélioration de la situation ?

Dr R.E : Il y a à la fois des raisons de craindre et d’espérer. La première vague est passée sans hécatombe ! On peut faire par analogie en se disant que  la seconde vague pourrait être pareille. Mais il faut rester prudent. Au cours de cette seconde vague il faudra être très vigilant sur les chiffres de début et mi-décembre. Si les indicateurs tels que les taux d’occupation des lits, de sévérité du virus et le nombre de décès sont bons, on pourra commencer à penser que le Cameroun a presque définitivement échappé à l’hécatombe.

ADA : L'espoir est permis alors ?

Dr R.E : Oui, mais des gens continueront de mourir. Le coronavirus va continuer à attraper les malchanceux, les personnes porteuses de comorbidités qui ne font pas attention, les personnes âgées. Tout le monde doit rester vigilant, parce que personne n’est jamais sûr qu’il ne porte pas une comorbidité ! Nombre de personnes ne savent pas qu’elles sont diabétiques, hypertendues ou ont un cancer. Les gens ne se dépistent pas assez, ils n’ont pas la culture des bilans de santé pour savoir de quoi ils souffrent. Il faut continuer à faire attention, à respecter les gestes barrières, car la menace  plane et tout peut encore arriver.