Au Cameroun, une ONG lutte contre la consommation de chicha chez les plus jeunes (Image d'illustration)
Au Cameroun, une ONG lutte contre la consommation de chicha chez les plus jeunes (Image d'illustration)

Au Cameroun, la consommation de la chicha chez les jeunes inquiète

La Coalition Camerounaise contre le Tabac tire la sonnette d’alarme et souhaite que les structures en charge de la lutte contre la consommation du tabac s’intéressent à ce phénomène qui touche particulièrement la jeunesse.

Arnaud Ntchapda
Rédigé le , mis à jour le

La chicha est un danger pour la jeunesse ! Selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 100 millions de jeunes entre 15 et 20 ans consomment régulièrement la chicha, ce mélange de tabac et d’arômes réputé dangereux pour la santé. Bien qu’il n’existe pas encore de statistiques sur la consommation et les dégâts au Cameroun, la Coalition Camerounaise contre le Tabac (C3T) constate que les jeunes en fument de plus en plus, et tire la sonnette d’alarme. "Les jeunes sont en train de s’y mettre. C’est devenu un phénomène de mode. Le danger est qu’ils ne le savent pas", explique Judith Chekumo, la secrétaire exécutive du C3T. "Lors de la Onzaine de la jeunesse,  à laquelle nous avons participé en 2019, il y avait des jeunes qui visitaient notre stand. Certains étaient vraiment des organisateurs de « chilling party ». Ils étaient vraiment scandalisés quand nous leur expliquions que la chicha est plus dangereuse que la cigarette », ajoute-telle. "Il faut agir en urgence" pour lever le voile sur les dangers liés à la consommation de la chicha.  

C'est dans cette optique que l'association a organisé le 28 juin dernier, un atelier portant sur le renforcement des capacités de contrôle du tabac. Cette journée a été l'occasion de plaider en faveur d'une taxation plus forte des produits du tabac, et du durcissement de la lutte contre la chicha. "Lors de nos campagnes de sensibilisation, nous nous sommes rendu compte que les jeunes se disaient que la consommation de la chicha était un moyen  de réduire leur dépendance au tabagisme. D’autres nous ont avoué que les piscines-party sans la chicha n’avaient pas de saveur. Pour eux, cela contribuait à les sevrer de la cigarette", indique Judith Chekumo.

Des actions pour juguler le fléau naissant

Mais non seulement la chicha n'aide en rien au sevrage tabagique, elle ouvre aussi la voie à la consommation d’autres drogues. En effet, en dehors du tabac, on y met aussi du whisky, ou même des stupéfiants. L’OMS relève qu’il  faut 28% de tabac pour une chicha. Les 72% restants sont un mélange d’arômes, d’acides de fruits, de liquides spiritueux et de sucre, qui permettent de parfumer le produit. À ce mélange on peut ajouter n'importe quelle substance, parfois à l'insu des consommateurs.  La Coalition Camerounaise contre le Tabac fait savoir que fumer la chicha pendant 45 à 50 minutes  revient à aspirer l’équivalent de  15 à 52 cigarettes. La teneur en goudron et en monoxyde de carbone serait également largement supérieure à celle d'une cigarette. Enfin, la chicha contient aussi du  chrome, du cobalt et du nickel.  

La C3T veut profiter de la période de vacances scolaires en cours, qui favorise la forte consommation de chicha, pour intensifier sa campagne de prévention à destination des jeunes. Pour l’heure, elle plaide pour que la lutte contre le tabagisme intègre la chicha, à travers la sensibilisation et l’interdiction de la publicité, comme les affiches qu’on voit sur les vitrines des endroits où l’on fume cette pipe à eau. L’ONG sollicite aussi le ministère de la Santé, à travers des lettres et des demandes d’audience. Elle compte saisir la structure interministérielle en charge du contrôle du tabac pour pouvoir déclencher de nouvelles actions afin de juguler ce phénomène qui empoisonne peu à peu la jeunesse camerounaise.