A l'ombre du Covid-19, des épidémies de rougeole menacent l'Afrique

Alors que l'Afrique attend sa quatrième vague de Covid-19, la pandémie du nouveau coronavirus menace les progrès contre la rougeole.

Badr Kidiss
Rédigé le
Le vaccin contre la rougeole
Le vaccin contre la rougeole  —  Unicef/Kiran Panday

Le constat est alarmant. Entre janvier 2020 et avril 2021, près de 17 millions d'enfants africains n’ont pas reçu la deuxième dose du vaccin contre la rougeole. Ce qui crée des conditions dangereuses pour la survenue de flambées dans tout le continent africain, à l'heure où les yeux sont toujours rivés sur la pandémie de Covid-19. 

Continent le plus touché par cette maladie qui se manifeste par une éruption cutanée, une fièvre très élevée et une grande fatigue, l'Afrique continue de compter ses malades. En 2021, près de 23.000 cas confirmés ont été identifiés sur le continent africain, dont la moitié en République démocratique du Congo (RDC). Des chiffres qui pourraient être bientôt revus à la hausse, puisque quinze pays africains ont différé leurs campagnes de vaccination contre la rougeole au cours de l’année écoulée afin de concentrer les efforts sur la riposte à la pandémie de Covid-19. Et depuis, huit de ces pays restent à la traîne, alors qu'une étude publiée par le magazine The Lancet révèle que la rougeole continuera d'être endémique en Afrique de l'Ouest dans les années qui viennent. 

Certes, les cas de rougeole déclarés ont diminué de plus de 80 % en 2020. Mais le nouveau coronavirus creuse des écarts de couverture vaccinale à un rythme que les organismes humanitaires n’avaient pas vu depuis des décennies. 

Des campagnes de vaccination qui patinent

Bien que la rougeole soit la maladie la plus contagieuse au monde, ce mal peut être entièrement évité par la vaccination : le taux de couverture vaccinale avec deux doses doit être idéalement supérieur à 95% pour arrêter sa transmission. Pourtant, la couverture par la première dose du vaccin anti-rougeole stagne autour de 69 % depuis 2013 dans la Région africaine de l’OMS qui ne comprend pas le Maroc, la Tunisie, le Soudan, le Djibouti et la Somalie. 

"Même avant la pandémie, nous avons constaté que même de petites poches de faible couverture vaccinale contre la rougeole pouvaient alimenter des épidémies sans précédent, y compris dans des pays où la maladie était considérée comme éradiquée", explique Ephrem Tekle Lemango, directeur de l'Unicef pour la vaccination.

A l'ère du Covid, l’efficacité de la surveillance de la rougeole en Afrique est tombée, selon l'OMS, au plus bas niveau en sept ans. Comme si finalement, une lutte pouvait en gâcher une autre...