Vers l'élimination de la transmission du VIH de la mère à l'enfant en Guinée ?

Alors que 1,5% de la population guinéenne est atteinte de VIH, les autorités multiplient leurs efforts pour permettre aux femmes séropositives de donner naissance à des enfants sains.

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La Guinée veut protéger les femmes enceintes atteintes du VIH
La Guinée veut protéger les femmes enceintes atteintes du VIH  —  OMS

Eliminer la transmission du VIH de la mère à l'enfant. C'est l'objectif de la Guinée, où l'épidémie de Covid-19 a sapé la riposte au sida. Alors qu'on estime qu'au moins 1,5% des femmes enceintes sont séropositives, leurs enfants sont exposés au risque de contamination à trois périodes majeures : pendant la grossesse, au cours de l’accouchement et lors de l’allaitement maternel. 

Pour les protéger, la Prévention de la Transmission de la Mère à l’Enfant (PTME), qui s’appuie sur la rupture de la chaîne de contamination et permet aux femmes séropositives de donner naissance à des enfants sains, est l'un des axes prioritaires du gouvernement. Depuis sa mise en place, le taux de transmission du VIH de la mère à l'enfant ne cesse de baisser.  Selon les données de l'Onusida, il est passé de 22% en 2015 à 16% en 2020. 

Dans les centres de santé qui offrent la PTME, la femme enceinte séropositive est prise en charge avec son enfant et tous deux reçoivent gratuitement des médicaments antirétroviraux, ou ARV. L'an dernier, 93% des 2.252 enfants testés pour le VIH étaient négatifs. 

"Nous faisons de la lutte contre le VIH/Sida une priorité, car cette maladie fait encore peser de graves menaces sur la santé publique. La PTME est un élément essentiel de cette lutte et je suis heureux qu’aujourd’hui en Guinée, les femmes séropositives donnent naissance à des enfants sains non porteurs du VIH", explique le Coordinateur du Programme de lutte contre le VIH/Sida et l'hépatite, Dr Youssouf Koïta. 

Pour accélérer l'élimination de la transmission mère-enfant du VIH et améliorer sa prise en charge pédiatrique, la Guinée a revu sa stratégie. Alors que les autorités sanitaires du pays avaient l'habitude de livrer des antirétroviraux (ARV) aux patients stables dont la charge virale est supprimée, elles ont aujourd'hui évolué vers la Stratégie R3M (Rendez-vous à 3 mois) et R6M (Rendez-vous à 6 mois).  Celles-ci ont permis de maintenir les patients dans le traitement, tout en réduisant les coûts liés à la prise en charge. 

"Avec le traitement et l’excellent suivi dont j’ai bénéficié, Idrissa est né sain et sauf ! A l’époque où j’ai eu ma fille, je venais tous les mois avec ma fille dès sa naissance pour chercher les médicaments. Parfois, il y avait quelques ruptures qui nous causaient beaucoup d’anxiété. Mais actuellement la situation a beaucoup évolué. L’approvisionnement est trimestriel ou semestriel, et il n’y a plus de rupture", explique Rama, une jeune maman atteinte du VIH qui a bénéficié de cette nouvelle stratégie.

Chargée de la prise en charge pédiatrique du VIH SIDA à l’Institut de Nutrition et de Santé de l’Enfant (INSE) au CHU Donka à Conakry, la Dre M’Mawa Bangoura observe des progrès à tous les niveaux depuis la mise en place de cette nouvelle stratégie. Mais cela ne l'empêche pas d'insister sur l'importance de la prise en charge aux mères atteintes de la maladie. "L’idéal c’est le dépistage de tous les enfants nés de mères séropositives entre la 6ème et la 8ème semaine de vie. Pour que l’enfant survive, la mère doit être mise sous traitement. Nous suivons rigoureusement les patientes, de la grossesse jusqu’à l’accouchement", rappelle-t-elle, avec une lueur d’un lendemain meilleur dans les yeux.