Le Congo veut identifier la souche du coronavirus qui circule sur son territoire (photo d'illustration)
Le Congo veut identifier la souche du coronavirus qui circule sur son territoire (photo d'illustration)

Vaccin contre le coronavirus : tout comprendre sur les risques de thrombose

Les difficultés s'accumulent pour les vaccins anti-Covid ! Après AstraZeneca, Johnson & Johnson: ces deux vaccins contre le Covid-19, basés sur la même technologie, sont suspectés de provoquer un type très rare de caillots sanguins. Le point sur ce qu'on en sait.

Alicia Mihami
Rédigé le , mis à jour le

C'est un effet secondaire inquiétant ! Dans le cas d'AstraZeneca comme de Johnson & Johnson, les soupçons sont nés après des cas de thromboses (formation de caillots sanguins) chez quelques personnes vaccinées. Et il ne s'agit pas de thromboses "banales", comme de simple phlébites. D'une part, elles sont atypiques par leur localisation : elles touchent "des veines du cerveau (thrombose des sinus veineux cérébraux)" et, dans une moindre mesure, de l'abdomen selon l'Agence européenne des médicaments (EMA) et les autorités sanitaires américaines de santé, la FDA et le CDC. 

Outre leur localisation, ces thromboses intriguent car elles s'accompagnent d'une chute du niveau de plaquettes sanguines, les cellules qui aident le sang à coaguler. Paradoxalement, cela peut donc provoquer des hémorragies en plus des caillots sanguins. "Le traitement de ce type particulier de caillots sanguins est différent de celui qui serait habituellement administré", avertissent ainsi la FDA et les CDC, qui ont suspendu l'utilisation du vaccin Johnson & Johnson. 

Une lien établi avec les vaccins

Le 7 avril dernier, l'EMA a reconnu pour la première fois que ces problèmes sanguins très rares pouvaient être provoqués par le vaccin AstraZeneca. Les deux vaccins sont "la cause probable" de ces événements très atypiques, estime de son côté un responsable de la FDA.  Même si rien n'est encore prouvé, il est de plus en plus vraisemblable que ces problèmes sanguins soient liés à la technique sur laquelle sont basés ces deux vaccins. 

Tous deux sont des vaccins dits à "vecteur viral": on prend comme support un autre virus, qu'on modifie afin qu'il transporte dans l'organisme des informations génétiques permettant de combattre le Covid. Et tous deux utilisent comme support un type de virus très courant appelé adénovirus. "Tout laisse penser que c'est lié au vecteur adénovirus", explique Mathieu Molimard, spécialiste français de pharmacologie. En effet, "ces cas n'existent pas à ce jour avec les vaccins ARN", ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna. 

Comment surviennent ces réactions ? 

Reste à savoir si ce type de problèmes sanguins est également observé avec le vaccin russe Spoutnik V, qui utilise lui aussi deux adénovirus comme vecteurs. Il est autorisé dans une soixantaine de pays pour l'instant, mais pas dans l'Union européenne ni aux Etats-Unis. Les spécialistes penchent pour une réponse immunitaire anormale et puissante provoquée par ces vaccins. 

Le phénomène observé "ressemble cliniquement à la thrombopénie induite par l'héparine (TIH)", écrivent des chercheurs allemands et autrichiens dans une étude portant sur le vaccin AstraZeneca. La TIH est une réaction immunitaire grave et rare, déclenchée chez certains patients par un médicament anticoagulant, l'héparine. C'est "une explication plausible", pour l'EMA, qui appelle à de nouvelles études pour confirmer ces soupçons.

Quel est le risque?

C'est la question essentielle. Dans le cas d'AstraZeneca, on recense 222 cas de ces thromboses atypiques sur 34 millions d'injections réalisées dans l'Espace économique européen (UE, Islande, Norvège, Liechtenstein) et le Royaume-Uni. Des thromboses qui se sont produites "dans les deux semaines après la vaccination", selon l'EMA et ont provoqué la mort de 18 personnes. Pour Johnson & Johnson, on recense 6 cas (dont 1 décès), sur plus de 6 millions de doses administrées aux Etats-Unis, "et les symptômes sont survenus de 6 à 13 jours après la vaccination", selon la FDA et les CDC. 

Mais comme pour tout médicament, connaître le risque ne suffit pas : il faut le comparer avec les avantages apportés par le produit. C'est ce qu'on appelle la balance bénéfices-risques. "Le Covid-19 entraîne un risque élevé d'hospitalisation et de décès. La combinaison caillots sanguins/plaquettes basses qui a fait l'objet de signalements est très rare, et les bénéfices globaux du vaccin dans la prévention du Covid-19 l'emportent sur les risques d'effets secondaires", insiste l'EMA au sujet d'AstraZeneca.

Les femmes particulièrement concernées ?

Dans les deux cas, les femmes semblent particulièrement concernées. La plupart des cas observés avec AstraZeneca concernent des "femmes de moins de 60 ans" et les six cas recensés aux Etats-Unis en lien avec Johnson & Johnson sont "des femmes âgées de 18 à 48 ans". Mais il est trop tôt pour en tirer une conclusion : "Selon les éléments dont on dispose actuellement, on n'a pas identifié de facteur de risques spécifique", a commenté l'EMA au sujet d'AstraZeneca.

Pour autant, après une première vague de suspension mi-mars, plusieurs pays ont décidé de ne plus administrer le vaccin d'AstraZeneca en dessous d'un certain âge : 30 ans pour le Royaume-Uni, 55 ans pour la France. D'autres pays comme le Cameroun ont décidé de ne pas prendre le risque et de ne pas utiliser le vaccin AstraZeneca. L'Afrique du Sud a récemment suspendu sa campagne de vaccination avec Johnson & Johnson, préférant appliquer le principe de précaution. Des incertitudes qui ralentissent l'avancée des campagnes de vaccination et repoussent un peu plus la sortie de cette crise mondiale, en attendant l'arrivée sur le marché de plus de doses de vaccins ARN Messager comme ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna.