L'hôpital de Rutshuru, terminus des combattants blessés et des enfants affamés en RDC

Qu’ils soient civils, militaires ou miliciens, dans la guerre menée par les rebelles du M23 en République démocratique du Congo, les corps mutilés et les enfants décharnés finissent ici, à l’hôpital de Rutshuru.

La rédaction d'Allo Docteurs Africa avec AFP
La rédaction d'Allo Docteurs Africa avec AFP
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L'hôpital de Rutshuru est l'une des seules structures hospitalières au Nord-Kivu
L'hôpital de Rutshuru est l'une des seules structures hospitalières au Nord-Kivu  —  MSF

La crise liée au Mouvement du 23 mars (M23) s'éternise. Depuis fin 2021, ces rebelles ont repris les armes, reprochant à Kinshasa de n'avoir pas respecté les accords sur leur démobilisation. Une situation qui a forcé des centaines de milliers de Congolais à fuir leurs maisons. Toutes ces personnes se retrouvent sur des abris communautaires sur des sites informés de déplacés. Mais la promiscuité dans ces lieux, combinée au manque de douches et de toilettes, est un facteur majeur de risque en cas de propagation de maladies infectieuses, telles que la rougeole ou le choléra

A l'hôpital de Rutshuru, l'une des rares structures hospitalières au Nord-Kivu, les moniteurs de fréquence cardiaque résonnent dans les salles d’opération. Les chirurgiens, infirmiers et anesthésistes ne connaissent pas de répit. "Il faut trier les blessés, prioriser, évaluer les chances de survie. C’est très difficile", décrit un des chirurgiens.

Blessés de guerre et enfants malnutris

Situé à Kiwanja, à 75 Km, au nord la ville de Goma, cet hôpital ne compte que deux salles d’opération, alors qu'il accueille 271 blessés, dont un tiers par armes à feu, ont été admis en chirurgie pour le seul mois de juin. "Mais il y a un mois, c’était pire!", s’exclame-t-il en enlevant ses gants maculés de sang à la sortie d’un "raccourcissement d’un membre", détruit par un obus. 

Des pleurs, encore des gémissements et le ronronnement des concentrateurs d’oxygène: à l’autre bout de l’hôpital, la guerre fait des ravages sur les enfants. Ici, point de plaies béantes ni de fractures, mais l’impossibilité de trouver à manger dans la fuite ont rongé les petits corps chétifs. "Ça déborde!", s’indigne le superviseur de ce pavillon. "Si rien n’est fait, dans les prochaines semaines ce sera une catastrophe." Des enfants, trop faibles, sont nourris par des sondes. D’autres, au système immunitaire effondré à cause de la malnutrition, ont la peau qui se décolle en lambeaux comme de profondes brûlures sur leurs cuisses et leurs mains atrophiées. 

La salle s’est vidée le temps d’une "démonstration culinaire" aux parents. Les gémissements ont disparu. Seuls les plus faibles restent dans la pièce. Ceux-là n’ont plus la force de pleurer. Les médecins font une pause, s’affalent dans des chaises en plastique et scrollent leurs smartphones. "Vous avez l’espoir de rentrer chez vous bientôt?", demande un des médecins à une jeune maman."C’est impossible! réplique-t-elle. La guerre est toujours là. S’il vous plaît, il faut continuer à nous aider".