Dr Evariste Bouenizibala : "Tous les types de diabète sont dangereux"

Selon les projections, 55 millions de personnes seront diabétiques en 2045 sur le continent africain.

Badr Kidiss
Badr Kidiss
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Le diabète progresse de manière fulgurante en Afrique
Le diabète progresse de manière fulgurante en Afrique  —  OMS

Il fait partie des causes majeures de décès. En 2017, le diabète a fauché la vie d'au moins 300.000 personnes en Afrique. Et selon les prévisions, le nombre d’Africains souffrant de cette maladie devrait atteindre 55 millions d’ici à 2045. Avec une augmentation de 134% des cas en une vingtaine d'années, l’Afrique sera alors la région du monde avec la plus forte progression de la maladie.  

Le diabète altère la capacité de l’organisme à produire ou à utiliser l’insuline, une substance essentielle pour empêcher une augmentation dangereuse du taux de sucre dans le sang. La maladie provoque une inflammation et une mauvaise circulation sanguine. Pour en savoir plus, on a échangé avec le Dr Evariste Bouenizibala, ancien président de la région Afrique de la Fédération internationale du diabète et diabétologue à Brazzaville. 


Allo Docteurs Africa : On parle de plusieurs types de diabète. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Dr. E.B : Pour faire simple, il existe quatre grands groupes de diabète.

  • Le premier type de diabète est le diabète de type 1 qui survient très tôt dans la vie mais représente à peine 10% des cas dans le monde. Il est lié au fait que l'organisme n'a pas assez d'insuline.
  • Le deuxième type de la maladie, qu'on appelle le diabète de type 2, survient un peu plus tard dans la vie, c'est-à-dire après 35/40 ans. Il est souvent lié à l'obésité et représente près de 85% des cas.
  • Le troisième type est le diabète de la femme enceinte qu'on appelle aussi diabète gestationnel. Il peut (ou pas) disparaître à l'accouchement
  • Il y a le diabète spécifique qui est lié à une prise de médicaments ou à certaines maladies génétiques particulières. 

Mais les formes de la maladie les plus fréquemment rencontrées sont le diabète de type 1, le diabète de type 2 et le diabète de la femme enceinte.  

A.D.A : Quel est le diabète le plus dangereux ? 

Dr. E.B : Disons que tous les diabètes sont dangereux. Car ce qui fait la singularité de cette maladie c'est la survenue de complications. Ces dernières peuvent être aigües et engager le pronostic vital du patient. On les rencontre souvent dans les cas de diabète de type 1, car le traitement dépend de l'insuline. Si la personne manque d'insuline ou qu'elle n'arrive pas à s'en procurer, elle peut en mourir. 

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Le diabète de type 2 est aussi dangereux, dans le sens où il peut être à l'origine de complications cardiovasculaires qui peuvent entrainer également la mort. Dans tous les cas, il faut toujours très attentif à la survenue de ces complications aigües ou chroniques.

"Il faut rassurer le patient par rapport à sa prise en charge et son accompagnement"

A.D.A : Mais du coup, une fois que le diabète a été identifié sur un patient, qu'est-ce qu'il faut faire ? 

Dr. E.B : Alors là, c'est comme disait le général de Gaulle, c'est un vaste programme (rires). La première des choses à faire, lorsqu'on a identifié un cas de diabète, c'est de savoir annoncer la maladie. C'est très important car nous sommes en train de parler d'une maladie chronique donc, on va expliquer au patient qu'il va vivre toute sa vie avec cette maladie. Il faut donc prendre des précautions particulières lorsqu'on va annoncer cette maladie. Il faut mettre beaucoup de compassion et d'empathie dans cette annonce mais malheureusement, la plupart de mes collègues ne font pas tellement attention à cette annonce. 

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Une fois que l'annonce a été faite, il faut rassurer le patient par rapport à sa prise en charge et son accompagnement. On définit avec le patient son profil et on met en place un traitement qui dépend du type de diabète. Si c'est un diabète de type 1, on va lui prescrire de l'insuline, tout en insistant sur le régime alimentaire. Si c'est un diabète de type 2, on va insister sur le régime alimentaire et l'activité physique. On doit aussi donner le maximum d'informations sur la maladie au patient, pour qu'il prenne conscience de sa maladie et qu'il apprenne à vivre avec. Enfin, il faut établir avec le patient ce que moi j'appelle "une alliance thérapeutique", c'est-à-dire voir avec lui dans quelle mesure on doit le suivre. Tous ces éléments permettent d'accompagner le patient dans cette prise en charge qui, encore une fois, relève de la maladie chronique.

 "Le régime alimentaire est la pierre angulaire du traitement"

A.D.A : Vous avez évoqué le régime alimentaire. Est-ce que ce dernier évolue au cas par cas ? 

Dr. E.B : Effectivement, vous avez raison de le dire, ça évolue au cas par cas. Le régime alimentaire, c'est vraiment la pierre angulaire du traitement mais également de la prévention du diabète. Le fait de modifier ce qu'il y a dans son assiette, en mangeant moins gras, en remplaçant les sucres rapides par certaines hydrates de carbone c'est-à-dire des sucres qui sont lents et en choisissant des aliments à l'index glycémique plus intéressants que d'autres, c'est très important. Mais le régime alimentaire est à définir en fonction du patient qui se retrouve en face de nous, en fonction de ses habitudes alimentaires, mais aussi en fonction de sa poche. Donc le régime alimentaire est important et individualisé.