Le Tramadol, une drogue de synthèse qui menace le continent africain
Le Tramadol, une drogue de synthèse qui menace le continent africain

Détourné de son usage, le tramadol fait des ravages en Afrique

Des dizaines de millions de personnes consomment abusivement le Tramadol. Détourné de son usage, cet antidouleur opioïde peut entraîner de graves problèmes de santé.

Badr Kidiss
Rédigé le

Au Gabon, on l'appelle "Kobolo". Au Cameroun, il porte le nom de "Tramol". En Guinée, les cafés proposent d'en mettre dans votre tasse. Apprécié du Maroc au Cameroun, de l'Egypte au Ghana, du Sénégal à la Guinée, du Mali au Congo-Brazzaville, du Niger à la Côte d'ivoire, le Tramadol fait planer tout le continent. Des millions de personnes consomment cet anti-douleur, qui est dérivé de l'opium, en détournant son usage. Même les groupes terroristes de Boko Haram et Daech en prennent régulièrement ! 

Alors qu'il est disponible uniquement sur ordonnance et prescrit à petite dose après une opération chirurgicale ou pour soulager la douleur d'une personne qui a le cancer, le Tramadol peut produire des effets euphorisants lorsque les doses dépassent la posologie normale. Il aiderait, selon certains, à surmonter la fatigue, combattre la dépression ou encore, améliorer les rapports sexuels. Résultat, de plus en plus de personnes en consomment, sans avis médical, pour affronter leurs journées. Ils achètent leurs comprimés dans la rue, sans savoir que le commerce de faux médicaments est responsable de plus de 100 000 décès par an sur le continent. Tout comme ils ignorent que le Tramadol peut, comme tous les opioïdes, entraîner rapidement une grande accoutumance voire, des overdoses. 

La cocaïne du pauvre

Si le Tramadol est disponible en pharmacie dans un dosage limité (50 à 100 milligrammes), on peut trouver dans les pharmacies dites par terre du Tramadol à 250 milligrammes. Un surdosage qui faciliterait l'addiction et la surconsommation. Ce qui engendre, d'après les experts, des troubles de la personnalité, des hallucinations, des désillusions, des crises d’épilepsie. Selon l'OMS, les opioïdes consommés à haute dose peuvent carrément "provoquer une dépression respiratoire, voire la mort". Des effets secondaires comme des convulsions, une hypoglycémie et des interactions médicamenteuses ont également été signalées.

Très prisé par les jeunes, le Tramadol est souvent consommé avec d’autres substances comme la caféine, la théine ou l’alcool. Seulement voilà, "l’association opioïdes + alcool + sédatifs accroît les risques de dépression respiratoire et de décès, et on la retrouve souvent dans les overdoses ayant une issue fatale", rappelle l'OMS. Facile à trouver sur le marché, moins cher que l'héroïne, le Tramadol peut être à l'origine d'une crise sanitaire sans précédent. Pour l'éviter, le continent doit mener des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes et favoriser la coopération entre les différents pays qui souffrent de ce fléau. C'est une question de santé publique.