Quelques unes des nombreuses célébrités ayant participé au Sidaction Maroc
Quelques unes des nombreuses célébrités ayant participé au Sidaction Maroc

VIH / Sida : le Maroc regarde enfin la maladie dans les yeux

Le Sida a longtemps été l’un des grands tabous de la société marocaine. Grâce à des initiatives médiatiques et locales, le regard de la société a enfin changé.

Ammar Belahcen
Rédigé le , mis à jour le

Le Maroc détournait le regard d'un mal qui touchait ses enfants... Méprisé voire nié car c’est une maladie sexuellement transmissible dans un pays musulman où le sexe hors mariage n'a pas droit de cité, le VIH/ Sida a longtemps été l’un des grands tabous de la société marocaine. Les personnes touchées par ce virus passaient souvent leur calvaire sous silence par crainte du jugement et de l’exclusion. Ils vivaient seuls avec leur mal.

Et pas question de leur tendre la main. "Lors des années 90-2000, c’était un sujet tabou! Même les journalistes n’osaient pas en parler et la société civile qui voulait venir en aide aux séropositifs était lynchée. Les associations avaient du mal à être reconnues par les autorités". C’est le diagnostic sans équivoque du sociologue marocain Mohamed Ali Chaaâbani, ancien professeur de sociologie à l’université Mohammed V de Rabat. Il constate que la situation a beaucoup évolué depuis cette époque au royaume. Le tabou est tombé et le Maroc compte aujourd’hui une centaine d’associations et collectifs accompagnant les personnes vivant avec le VIH.

La télé... et une caravane 

Que s’est-il donc passé entre temps ? Pour notre sociologue, deux grandes initiatives ont fait évoluer les mentalités sur le sujet. "La première est celle des campagnes médiatiques et des reportages sur le terrain menés par les chaînes du service public", juge Chaâbani. Ces derniers ont réussi à changer la perception d’une large part de la population, les poussant, même, à participer à la collecte de fonds du Sidaction, dont l’émission  diffusée en prime time depuis une quinzaine d'années et connaît la participation de personnalités qui touchent l'ensemble de la société : de la reine de la cuisine Choumicha, aux rappeurs de Fnaïre en passant par le très populaire comédien Saïd Naciri...

Ces  soirées et reportages diffusées à la télé ont été d'autant plus efficaces que des actions locales ont accompagné un changement de mentalités. "Toutes les écoles du royaume ont accueilli la caravane de l’association marocaine de lutte contre le Sida (ALCS) et ce programme a été soutenu par le gouvernement et le palais", développe notre interlocuteur. Ces caravanes sillonnant l’ensemble du territoire expliquent aux jeunes ce qu’est vraiment le virus VIH ainsi que ses voies de transmission. "Les médecins ont été surpris par le nombre de préjugés collés à l’imaginaire collectif. Certains pensaient qu’il s’agit d’une infection transmissible par le toucher et à chaque contact avec les séropositifs", se remémore le sociologue qui accompagnait la caravane sur le terrain assurant que "ce contact avec la population et surtout les écoliers et collégiens a été productif et a brisé plusieurs mythes entourant cette maladie". 

De bourreaux à victimes

Après des années de sensibilisation, les associations et services hospitaliers ont remarqué que les personnes vivants avec le VIH était plus acceptées par leur entourage et proches. Les bannissement ont souvent laissé place au soutien. "Le statut des personnes atteinte du Sida a changé et le regard de la société est plus tendre avec eux de nos jours. Avant, ils étaient des coupables et pointés du doigt aujourd’hui, une bonne partie de la société les considère maintenant comme des victimes", conclut Mohamed Ali Chaaâbani. Le grand pourcentage de personnes atteintes au Nord du Maroc à cause des contaminations par l’usage de seringues a aussi changé le regard, "comme si le Marocain lambda a compris que c’est un virus qui peut contaminer tout le monde".

Le pronostic vital des malades a aussi été bouleversé par l'arrivée des nouvelles thérapies antirétrovirales maintenant distribuées gratuitement dans 400 lieux de santé dans le pays. D'une quasi condamnation à mort, le VIH / Sida est devenu un mal du quotidien, moins angoissant, avec lequel on apprend à vivre. Et le regard vide voire accusateur de l'Etat a laissé place à un soutien qui finance la lutte contre la maladie. Comme si le Royaume aimait de nouveau tous ses enfants...