Au Maroc, 12.000 personnes qui bénéficient gratuitement d’une thérapie antirétrovirale
Au Maroc, 12.000 personnes qui bénéficient gratuitement d’une thérapie antirétrovirale

VIH / Sida : comment le Maroc veut remporter la bataille

Gratuité des traitements et approche du "tester-traiter" témoignent d'une prise de conscience des autorités. D’après les chiffres du ministère de la Santé au Maroc, le nombre de personnes vivant avec le VIH / Sida est de près de 24.000 Marocains, dont 40% de femmes.

Ammar Belahcen
Rédigé le , mis à jour le

L'ambition avait été affichée au sommet de l'Etat. En 2015, le roi du Maroc annonce que le pays s’est fixé comme objectif de lutter contre le sida et de venir en aide aux personnes portant ce virus, surtout les couches sociales les plus démunies. Depuis cette sortie de Mohammed VI, les actes semblent suivre : ce sont près de 12.000 personnes qui bénéficient gratuitement d’une thérapie antirétrovirale, dont près de 600 enfants de moins de 15 ans.

"Les instructions royales ont été claires et constituent une ligne directrice dans le domaine de lutte contre le sida. Les données ont été collectées et centralisées au niveau national afin de mieux servir les personnes séropositives, même dans les régions lointaines», explique Rachid Khoudali, directeur de la communication au ministère de la Santé marocain à AlloDocteurs.Africa. Pour lui, le traitement de l’ensemble des personnes porteuses du virus au Maroc est moins coûteux pour l’Etat que de laisser propager le virus assurant que grâce à la "nouvelle génération" de thérapies, les patients retrouveront une espérance de vie presque "presque normale".

400 hôpitaux dispensent les traitements gratuitement 

D’après les chiffres les plus récents du ministère de la Santé au Maroc,  24.000 Marocains vivent avec le virus du sida, dont 40% de femmes. Pour les soigner, l’Etat marocain a adopté l’approche "tester-traiter" depuis 2015 : il traite gratuitement toute personne testée positive au VIH. En plus de préserver leur système immunitaire du virus et donc leur santé, ces thérapies ont l'avantage d'empêcher les personnes contaminées par le virus de le transmettre. Toute la société en est ainsi gagnante. Et les chiffres sont très encourageants : le pourcentage de personnes ainsi traitées est passé de 14,5 % en 2011 à 48 % en 2016, atteignant même les 63% en 2018. Rien de tel pour enfin stopper le virus.

Le dispositif est conséquent.  400 hôpitaux régionaux, centres médicaux ou hospitaliers proposent traitements et médicaments gratuitement à l’ensemble des personnes souhaitant se faire soigner. "Les personnes atteintes voyagent ainsi plus tranquillement car ils savent qu’ils peuvent avoir leur traitement dans n’importe quelle région du pays", se félicitent les autorités de santé affirmant que le pourcentage de couverture de femmes enceintes par le traitement antirétroviral pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant  est passé de 33 % en 2011 à 62 % en 2016 . Il s'approche même des 80% en 2018 !

Des centaines de milliers de dépistage

En dehors des thérapies antirétrovirales, les services du département d’Anas Doukkali s’activent aussi dans la prévention et le dépistage. Selon les chiffres officiels, les programmes de dépistage ont permis de tester plus de 160 000 personnes parmi les populations les plus exposées aux risques d’infection en 2016 et même près de 250.000 en 2017 (sur la base des chiffres du premier semestre). Parmi les régions ciblées par le ministère de la santé, on retrouve Nador et Tétouan au nord du pays ainsi que Marrakech.

Les personnes toxicomanes sont toujours durement touchées par le virus. "Au Nord, de nombreux jeunes s’injectent des drogues via des seringues, généralement non-stérilisées, ce qui favorise les contaminations. L’offre de dépistage a donc été élargie dans 1200 structures de santé et 52 centres d’ONG et depuis 2016, cette prestation a été généralisée dans les services de santé des prisons», explique encore notre interlocuteur, qui se dit fier de la politique volontariste du Maroc face au VIH. Et espère la généralisation de cette approche du "tester-traiter" sur tout le continent africain.