Au Sénégal, 27 % de filles et de femmes subissent des violences physiques

A l'ombre du Covid, de nombreuses Sénégalaises subissent des violences physiques.

Barou Dembélé
Rédigé le , mis à jour le
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Image d'illustration  —  Shutterstock

Les violences basées sur le genre (VBG) explosent. Au Sénégal, 27 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques, selon les derniers chiffres officiels. Dans 55 % des cas, le mari ou le partenaire est l’auteur de ces actes. Si la VBG est la violation la plus répandue des droits humains, elle reste la moins visible. 68% des femmes de 15-49 ans victimes de violences n'en ont jamais parlé avec quelqu'un, ni cherché d’aide.

Face à cette situation, le gouvernement de Macky Sall a décidé de prendre le problème à bras le corps, en faisant intervenir notamment les "Bajenu Gox" (soeurs du père, en wolof) des femmes qui jouent le rôle de relais communautaires dans les quartiers et villages. "Nous nous appuyons sur les groupes communautaires pour aider les victimes de violences. Les Bajenu Gox sont au cœur même de la communauté, et leur appui nous a été précieux tout au long des années surtout dans le domaine de la santé de la mère et de l'enfant. Aujourd'hui, elles ont rejoint la lutte contre les VBG et sont très actives sur ce plan", explique Ndéye Mingué Ndiaye Gacko, coordinatrice de la cellule Genre du ministère de la Santé et de l'Action sociale. Une cellule unique en Afrique de l'ouest, là où les VBG augmentent au nez et à la barbe des autorités locales.

Des avancées notables

Ces dernières années, le Sénégal a fait de réels progrès dans la lutte contre les VBG : "Nous sommes le seul pays de la sous-région à (...) mettre en place une stratégie à cet effet. Nous avons noté un léger déclin des cas de VBG", explique Ndiaye Gacko, tout en indiquant qu’il reste toutefois beaucoup d’efforts à faire pour en arriver à une société libre de toute discrimination sexiste à l’endroit des femmes.

"Il y a des pratiques sociales néfastes tellement ancrées dans notre société qu’elles nécessitent des efforts considérables pour en venir à bout", regrette Maimouna Tamba, une Bajenu Gox dans la région de Sédhiou, qui prend l'exemple de l'excision, une mutilation génitale qui fait (encore) des ravages dans plusieurs pays d'Afrique. "Nous voyons des fillettes mutilées et leur famille va jusqu’à leur coudre les parties génitales, soi-disant pour assurer leur chasteté. Ensuite quand elle grandit et qu’on la donne à son mari, il faut l'amener à l'hôpital et enlever les fils par chirurgie. Le même jour, elle doit passer la nuit avec cet homme-là !" s’indigne-t-elle.