Le Gabon veut éliminer la lèpre

Il y a plus de 20 ans, le Gabon atteignait le seuil d’élimination de la lèpre. Depuis, le pays continue d'identifier des nouveaux cas tous les ans. Face à cette situation, l'Etat tente d'améliorer le diagnostic et le traitement précoce de ce mal.

Arnaud Ntchapda
Rédigé le , mis à jour le
La polychimiothérapie (PCT) est recommandée par l'OMS depuis 1981 pour soigner la lèpre
La polychimiothérapie (PCT) est recommandée par l'OMS depuis 1981 pour soigner la lèpre

Elle existe encore ! Maladie millénaire, la lèpre sévit encore au Gabon. En 1960, sur 460.000 habitants, 10.000 cas ont été recensés. Mais en 1999, le pays franchissait le seuil d’élimination de la lèpre en tant que problème de santé publique.

Depuis, "on continue de dépister, tous les ans, de manière passive, bon an mal an, une dizaine de cas", nous explique le Docteur Annick Mondjo, médecin de santé publique et directeur du Programme de lutte contre les maladies infectieuses, quelques heures avant la 68ème journée mondiale des malades de la lèpre, ces 29, 30 et 31 janvier. Car même si elle n'est pas mortelle, cette maladie déforme, mutile et invalide les personnes atteintes, lorsqu'elle n'est pas détectée et traitée suffisamment tôt. 

Pourtant, la lèpre est guérissable. S'il n'existe à ce jour aucun vaccin, un traitement combinant trois antibiotiques (Dapsone, Rifampicine et Clofazimine), appelé polychimiothérapie (PCT) est recommandé par l'OMS depuis 1981. Ce traitement simple, efficace et gratuit permet de soigner les différentes formes de la maladie.

Une maladie sous-diagnostiquée

Causée par une bactérie de type bacille appelée Mycobacterium leprae (une cousine des bactéries responsables de la tuberculose et l'ulcère de Buluri), cette pathologie a été classée par l’OMS comme une maladie tropicale négligée. Considérée comme une priorité sanitaire au Gabon, l'Etat veut arrêter la transmission de la maladie. Pour y arriver, les autorités sanitaires tentent d'accentuer les moyens de dépistage et de traitement déjà mis en œuvre. Et selon le Docteur Mondjo, c'est important de le faire, vu que "la lèpre est sous-diagnostiquée"

Des lacunes dans le dépistage qui s'expliquent tout d'abord par la rareté de la maladie au Gabon. Vu que les médecins et infirmières sont de moins en moins confrontés à cette pathologie, ils risquent de ne pas la diagnostiquer. Mais ce n'est pas tout... même "la vigilance des populations à l'égard des lésions de la lèpre a diminué, et souvent les patients ne savent pas non plus qu'il existe un traitement gratuit", note le Dr Mondjo.

Selon le Dr Mondjo, "La discrimination à l'encontre des personnes affectées par la lèpre et des membres de leur famille favorise les retards de diagnostics", et entrave la prise en charge de personnes présentant des complications neurologiques ou des séquelles invalidantes". Le Dr rappelle aussi qu'au Gabon, "le nombre de personnes présentant des invalidités visibles du fait de la lèpre est estimé à un millier". Jusqu'à quand ?